• - Mais pourquoi tant de souffrance??? -



    En prenant le métro ce soir, une fois de plus, quelque chose m'a interpellée: la conversation des gens, surtout le soir, entre 17 et 18 heures.

    Le travail ! Le résumé de la journée, qu'ils viennent pourtant de passer ensemble, l'habillage pour l'hiver des collègues (probablement que le matin même, c'est avec la "grosse nullarde" dont il est question ce soir, que Marie-coincée-du-fion a débattu à tout va...), les revendications diverses et variées sur la machine à café, les vacances, le planning, les dossiers non rendus, le chef (Ah ! inépuisable sujet le chef !), mais on entend, en filigrane, toujours une plainte.

    Observez deux personnes travaillant dans la même entreprise, ou exerçant le même métier, qui se rencontrent. Leur cri de ralliement?

    Travail.

    Combien, 15 secondes, 30 secondes ? C'est le temps maximum, après la formule de politesse d'usage,  pour attaquer leur sujet favori: le travail! "Et bla, et bla, et moi je, et lui il, et je lui ai dit" .... intarrissables!!!

    Le mur de facebook, sur le groupe "nibonnes": des plaintes, toutes plus déchirantes les unes que les autres, une souffrance affichée, palpable, un cri de détresse...

    Et les lecteurs ? Eux même souvent dans un mal-être professionnel, ils répondent d'une seule voix, sans doute secrètement soulagés de ne pas être les seuls dans ce cas.

    Au final une toile de souffrance, de littérature catharsistique, un instant épistolaire libérateur et rédempteur.

    Et en général ce n'est pas pour dire: "je m'éclate, je fais un boulot génial, mes collègues sont top, je m'épanouis, mon travail me plait,..." non, c'est la plainte, encore et toujours, en boucle, qui tourne et retourne. (oui, oui, il arrive que je me la pète....)

    Mais alors.... pourquoi en parler tout le temps ?

    Pourquoi le travail est-il si problématique de nos jours ? On passe plus de temps au taf que chez nous. On cotoie plus nos collègues que nos conjoints et enfants, ça nous grignote la cervelle, insidieusement.

    Quel est ce besoin de parler de ce qui fait si mal ?

    Je tenterais bien l'appel à un ami psy... mais que me répondrait-t-il hormis : "et vous, qu'en pensez-vous ???" . Ben RIEN ! Justement, je blablate dans le vide et je me garde mes hypothèses.

    Cela me fait penser aux relations de couple pas très épanouissantes, type co-dépendance, dans lesquelles  celui qui se considère comme le "brimé", "l'opprimé", tourne en boucle autour de son sujet favori, son "bourreau".... ne pouvant détacher son esprit et ses pensées de son influence, qu'il clame pourtant comme malsaine et ligotante.

    Enlevez lui le geolier de son âme et observez : il tournera en rond, se convaincra qu'il est mieux ainsi, qu'il ne peut accepter plus d'oppression, mais au fond, aux tréfonds de lui il ressentira un vide immense, l'objet unique de son ressentiment n'est plus ? Le laissant telle un coquille vide de tout sens et surtout d'émotions.

    Son identité de victime est mise à mal : comment exister sans être "la (le) pauvre".... Comment se faire entendre en dehors de la plainte?

    Alors il y retourne, le syndrome de stockolm a la vie dure!

    Il se donne de bonnes raisons de ne rien changer, surtout ne rien changer, après tout, ce pourrait être pire ailleurs. Mais ce pourrait être mieux aussi... sauf que cette info ne peut accéder à sa conscience.

    Et dans le travail on est dans le même schème: on est mal, mais pas si mal, enfin pas plus mal que si on était pire... Bref, ne changeons rien ! D'où seulement 20 000 personnes pour un mouvement qui en concerne 1 million... 20 000 qui ont envie de bouger et de faire valser le bourreau, de s'affranchir du joug, de renaitre enfin à un espoir tant convoité.

    Tous ceci est parti d'une conversation banale dans le métro. Deux collègues de travail, un vendredi soir, qui débriffaient tranquillement sur leur ultime journée de travail, avant un week end bien mérité.

    Et une oreille fatiguée qui trainait ( la mienne...) et s'est imaginée tout un tas de choses ignobles et fantaisistes....
    Après tout la "grosse nullarde" est peut être une véritable incapable, Marie-coincée-du-fion est peut être ravie au lit, adorant sa copine de trajet, les soignants désespérés sur le mur de facebook ont peut être juste perdu un pari, et doivent en guise de gage dégouter le reste de la profession, les femmes opprimées sont peut être juste des viragos hypocrites et moi je suis peut être juste en mal de sensations fortes, un brin parano....

    Peut être....

    Mais peut être pas.....

    Clématite

      

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  • Commentaires

    2
    Mercredi 9 Janvier 2013 à 11:52

    Que veux-tu, la plupart des gens sont malheureux à leur taf, et en plus, les Français sont des râleurs. Comme disait Florence Foresti dans un de ses sketches : "Bonjour tout le monde..." Et tout le monde d'applaudir. Et de rétorquer que lorsqu'on fait un autre taf que celui de comédienne, arriver le lundi matin au bureau et dire "bonjour tout le monde" ne va pas vous attirer des applaudissements !

    1
    Mercredi 12 Décembre 2012 à 07:47
    Peut être pas... S'il y a bien une phrase qui m'horripile c'est le fameux " il y a pire ailleurs!" En gros acceptons sans broncher toute régression, et puis pendant qu'on y est mettons nous en guerre et vivons tous dans la rue, c'est pas grave hein! " y'a pire ailleurs ma petite dame, faut pas se plaindre!"
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